My Chemical Romance a vu son rayonnement décupler depuis qu'il joue la carte de la théâtralité. Le groupe américain a réussi à se démarquer des dizaines d'autres groupes emo et devenir un groupe-culte populaire.
Sauver par le rock selon My Chemical Romance
Alexandre Vigneault
La Presse
My Chemical Romance n'était qu'un groupe emo parmi tant d'autres, il y a deux ans. Puis, il y a eu The Black Parade, album mortuaire qui veut donner le goût de vivre.
I'm Not Okay (I Promise), hymne rock adopté par des centaines de milliers d'ados il y a trois ans, a donné une idée de l'impact que pouvait avoir My Chemical Romance.
Gerard Way et sa bande peinaient néanmoins à se démarquer des dizaines d'autres groupes qui figuraient dans l'immense carnet d'adresse du Vans Warped Tour. The Black Parade, paru l'automne dernier, a fait éclater le moule emo et transformé My Chemical Romance en une espèce de groupe-culte populaire.
Gerard Way garde de bons souvenirs du Warped Tour, mais ne regrette pas d'être passé dans les ligues majeures. «On préfère de loin présenter notre propre spectacle devant de plus petites foules que de jouer devant 40 000 personnes dans un festival comme celui-là. Ça te permet de peindre un tableau plus complet et de livrer le message que tu veux», explique-t-il.
My Chemical Romance a toujours eu l'ambition de faire des chansons qui comptent. Gerard Way a d'ailleurs fondé le groupe à la suite des attaques terroristes du 11 septembre 2001. Illustrateur de Comic Book, il a troqué le crayon pour la guitare. The Black Parade, articulé autour d'un personnage qui se meurt du cancer, invite à tirer le maximum de la vie pendant qu'il est temps. Une variation sur le thème carpe diem, en somme, mais sur un mode cauchemardesque.
Clins d'oeil multiples
Un peu comme les Beatles, époque Sergent Pepper's Lonely Hearts Club Band, My Chemical Romance joue avec l'idée d'un orchestre inventé, The Black Parade. Visages peints en blanc, khôl autour des yeux, Gerard Way et sa bande ont l'air d'une fanfare de squelettes. Marilyn Manson a déjà accusé le chanteur de lui avoir piqué son maquillage, mais c'est probablement aux Misfits, irréel groupe hardcore des années 80, qu'il a chipé l'idée.
Ce ne serait pas le premier emprunt de My Chemical Romance, qui multiplie les clins d'oeil pas toujours subtils à plusieurs autres groupes marquants sur The Black Parade. On reconnaît notamment Queen dans bien des solos de guitare et la trame narrative de l'album rappelle celle de The Wall. «Toutes ces références sont intentionnelles et très spécifiques», assure Gerard Way.
Même celles au hair metal des années 80, à travers les choeurs? «Les harmonies dans Famous Last Word ont été précisément inspirée par un groupe comme Journey, dit encore le chanteur. On a ajouté des couches et des couches de voix parce qu'on voulait que ce soit gigantesque. Journey faisait beaucoup ça. Et puis j'ai grandi dans les années 80 avec Bon Jovi et Cinderella. J'éprouve une certaine nostalgie face à ça...»
Du spectaculaire à l'intime
Chose curieuse, My Chemical Romance a vu son rayonnement décupler depuis qu'il joue la carte de la théâtralité. Sa musique est devenue un lieu de rencontre pour bien des gens qui échangent sur des sujets aussi délicats que la dépression à l'adolescence, l'infidélité, l'homosexualité et le suicide.
Bref, plus l'esthétique du groupe s'éloigne de la réalité, plus ses fans semblent vivre une expérience intime. Des jeunes disent même avoir été sauvés du suicide par les chansons du groupe. Étrange, n'est-ce pas?
«Je ne saurais pas dire pourquoi, concède Gerard Way. C'est étrange, en effet. Ce disque est bien plus ambitieux que nos précédents et le risque qu'il ne soit pas compris était grand.» Il croit que la transparence dont fait preuve le groupe le sert bien. «On ne sort par habillés comme les personnages de The Black Parade, dit-il, et ce serait ridicule de le faire. Il est important que les gens sachent qu'on est des gars ordinaires qui ontl'ambition de faire des choses extraordinaires.»
Porter des costumes et jouer des personnages est un puissant stimulant pour le groupe.
«On peut recréer un monde sur scène chaque soir et c'est bien plus gratifiant que d'offrir un show rock générique, assure le chanteur. On a travaillé très fort pour élaborer un décor qui soit agréable à regarder, mais qui ne détourne pas l'attention du groupe et de la musique. Il était important que le spectacle demeure avant tout un show rock.»
http://www.cyberpresse.ca/article/20070509/CPARTS03/705090691/5020/CPARTS03